Capter et maintenir l'attention : un défi pour les formateurs et les enseignants

Dans le monde de la formation, il semble de plus en plus difficile de capter et de maintenir l’attention des apprenants.

« Puis-je avoir votre attention, s’il vous plaît ? » : cette phrase résonne sans doute dans l’esprit de nombreux formateurs et enseignants qui font face au défi constant de maintenir l’engagement de leurs participants. 

Et ce défi est encore plus exacerbé chez les apprenants de la génération Z (nées entre 1995 et 2010), souvent caractérisés par une tendance à la dispersion importante de l’attention ((1) en ce sens notre article sur « former la génération Z »)). Leur familiarité avec les médias numériques et leur propension à effectuer plusieurs actions simultanément rendent la mission des formateurs encore plus ardue. 

La culture de l’immédiateté est bien installée. Le succès actuel des vidéos de moins de 10 secondes, le scrolling permanent en sont des illustrations patentes. Plus encore quand des plateformes proposent aléatoirement des vidéos les unes derrière les l’autres , passé 5 minutes de scrolling, 80% des utilisateurs  oublierait en moyenne 60% de ce qu’ils viennent pourtant juste de visionner.  

Sur la dernière décennie, plusieurs études ont également mis en lumière de nouveaux comportements. Les internautes ne liraient plus qu’en moyenne 15% à 20% des mots d’une page web, passant plus de temps à scanner qu’à lire réellement. Cette tendance à la distraction et à la superficialité dans la consommation de l’information soulève des défis considérables pour ceux qui cherchent à former efficacement. 

Dans ce contexte, que dire du développement de l’esprit critique ? Ce dernier est essentiel dans un monde où l’information est abondante et souvent difficile à filtrer. Face à une consommation effrénée de données, les algorithmes de recommandation de contenu peuvent créer des bulles de filtrage, où les utilisateurs s’habituent à être exposés à un contenu qui confirme leurs croyances préexistantes, limitant ainsi leurs capacités d’attention nécessaires pour s’ouvrir à des perspectives alternatives. 

En cela les formations sont salvatrices lorsqu’elles nourrissent un rapport plus dynamique entre l’apprenant et de nouveaux contenus, si tant est que l’attention soit bien au rendez-vous. 

Que nous disent les scientifiques sur l’attention ?

Les avancées en neuroscience et en psychologie cognitive offrent des éclairages précieux sur les mécanismes de l’attention et de l’apprentissage. Les travaux de chercheurs renommés, tel que Stanislas Dehaene, Professeur au Collège de France, mettent en évidence quatre facteurs clés dans le processus d’apprentissage : l’attention, l’engagement actif, le retour d’information et la consolidation (2).

A ce titre l’attention constitue un élément crucial dans l’apprentissage, tant chez l’enfant que chez l’adulte. Elle est un prérequis indispensable car sans elle, il n’y a pas de concentration, ce qui peut entraîner des difficultés de mémorisation et de compréhension, aboutissant à des résultats mitigés à la fin des formations.

L’usage du numérique a de plus clairement exacerbé la pratique du multitâche. Selon certaines études il est intéressant de noter que le cerveau humain n’est pas réellement en mesure de traiter plusieurs tâches simultanément, même s’il est plaisant de le croire. Au contraire, il passe rapidement d’une tâche à l’autre, avec une perte d’information entre les transitions. Ce phénomène, appelé clignotement attentionnel, souligne les limites de notre capacité à maintenir une attention sur plusieurs sujets simultanément.

En réunion, nous pouvons certes lire nos messages sur notre mobile tout en ayant le sentiment d’une attention parfaitement maintenue. En revanche, arriver à tenir une conversation soutenue lorsqu’on cherche à décrypter une texte devient déjà un exercice nettement plus difficile…

Quelles stratégies adoptées face aux caractéristiques de l’attention

Face à ces défis, les formateurs peuvent élaborer des stratégies efficaces pour capter et maintenir davantage l’attention de leurs apprenants. Il est selon nous d’abord crucial de connaître son public et ses attentes explicites et implicites afin de concevoir des contenus pertinents et engageants. Une approche consiste ensuite à les séquencer et à se focaliser sur des éléments précis pour éviter la surcharge cognitive. 

Motiver et renouveler régulièrement l’engagement

L’attention fluctue par cycles et diminue rapidement. Pour réactiver l’attention, il est nécessaire d’utiliser des relances régulières et de favoriser l’interactivité.

Créer des environnements propices à la concentration et limiter les distractions externes sont également des stratégies efficaces pour maintenir l’attention des apprenants.

La motivation joue également un rôle clé dans le maintien de l’attention. Les intervenants doivent pouvoir expliquer et partager clairement les bénéfices immédiats des informations présentées et favoriser l’implication active des apprenants dans le processus d’apprentissage. 

Les
caractéristiques de l’attention

Réponses
en matière de conception

et d’animation

 

Sollicité en permanence et facilement détournée

 

Séquencer les informations, se focaliser sur des éléments précis

Nous filtrons naturellement les informations qui nous semblent les plus importantes

 

Connaitre son public pour identifier ses attentes explicites et implicites

Fluctue par cycle, diminue et se disperse rapidement  

 

 

Réactivation de l’attention par des relances régulières en favorisant l’interactivité

Dépend du contexte et de multiples distracteurs (facteurs externes et internes)

 

Privilégier des environnements propices à la concentration et cadrer l’usage des outils connectés utilisables en séance

Ne s’active pas sur demande

 

L’appel à l’attention ne suffit pas (s’il faut le préciser) loin de là !

Dépend de l’intérêt que l’on porte au sujet

 

Présenter les avantages et les bénéfices de tels ou tels aspects du sujet en relation avec les attentes et les perspectives des apprenants

Fortement influencé par le stress et la fatigue

 

La durée et le séquençage sont essentielles

L’attention se détourne face à des éléments perceptibles aux sens (réception d’un message instantané, notification…)

Effectuer un cadrage de départ sur l’utilisation à faire des outils connectés. 

L’attention se capte positivement (circuit de la récompense) ou négativement fonction de l’avantage ou bénéfice qu’on retire d’une information, du degré d’utilité perçu  

L’adaptive learning, une démarche learner centric, est l’une des approches efficaces pour mieux capter l’intérêt et donc l’attention des participants.  

Quel rôle actif pour le formateur ?

Face à une attention volatile et très sollicitée quel rôle jouer ? quelles actions mettre en place ?

Puisque l’apprenant peut rapidement décrocher, en particulier s’il ne perçoit pas un intérêt direct et immédiat aux informations proposées à chaque étape, il s’avère nécessaire de maintenir et de susciter son intérêt, et les quelques pratiques ci-après peuvent y contribuer. 

  • Expliciter à chaque étape les bénéfices courts termes pour l’apprenant, en se focalisant sur une idée concrète versus une approche trop générale. 
  • Détailler le « comment » et partager sur les moyens que vous envisagez pour animer la formation : quizz, sondage, mind map…
  • Favoriser l’implication active du groupe dans le choix des activités collaboratives à réaliser : mise en situation, simulation, jeu de rôle, étude de cas, note de synthèse, résolution des problèmes, échange entre pairs. 
  • Séquencer et fractionner les contenus, le rythme des temps de pose. 
  • Créer des effets de surprise. 
  • Effectuer des relances attentionnelles toutes les 10/15 minutes. 
  • Favoriser les interactions (intervenant/apprenants, entre pairs, réaction à un contenu présenté).
  • Jouer sur les émotions avec le stroytelling, les retours d’expériences, ou des visuels forts. 
  • Proposer des activités collectives, en temps limité. 
  • Développer la motivation via la gamification.
  • Activer le circuit de la récompense via des challenges. 
  • Donner la perspective d’un testing à court terme, suivi d’un feedback immédiat.

 

Captiver et maintenir l’attention des apprenants est un défi majeur pour tout intervenant. En s’appuyant sur les avancées des sciences cognitives et en développant des stratégies efficaces, il est possible de créer des environnements d’apprentissage plus stimulants et plus engageants. Cependant, cela nécessite une compréhension plus approfondie des mécanismes de l’attention (3) et un engagement constant à innover et à s’adapter aux besoins des apprenants.

 

(1) Notre article sur: « Enseigner et former avec la génération Z : les 7 clés pour un apprentissage réussi« 

(2) https://www.college-de-france.fr/fr/agenda/cours/fondements-cognitifs-des-apprentissages-scolaires/attention-et-le-controle-executif 
(3) Les différents types d’attention selon le modèle hiérarchique de Sohlberg et Mateer (1987)